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La Lettre volée, 2003.

Ce volume ne réunit pas moins de 29 contributions, autour de l’œuvre de Gilbert Lascault, œuvre prolixe et multiforme, fondamentalement plurielle et ouverte. Françoise Coblence, qui en assuré la direction, insiste bien entendu d’abord sur le rôle qu’aura joué, pour une bonne partie des auteurs qu’elle a réunis, et pour tous ceux qui ont été ses lecteurs ou ses auditeurs, la façon si personnelle dont Gilbert Lascault sait parler de la peinture et du visible. La manière, aussi, dont il s’emploie à traiter également, sans hauteur, les genres et les objets réputés mineurs ou modestes. « La règle, comme elle le note, est plutôt de parler de ce que l’on aime, et d’aimer ce qui éveille les sens et les plaisirs : la séduction ;, la gourmandise, la musique, les formes, les couleurs, les matières dans tous leurs états » (p. 9).

Une telle esthétique, si elle donne à ce mot tout son sens, peut paraître s’inscrire à contre-courant des contestations de la subjectivité ou des ambitions plus spécifiquement conceptuelles de la philosophie ; elle n’en illustre pas moins un engagement artistique dont il n’y a pas beaucoup d’équivalent, à mille lieux des expressions réactives que suscite si souvent l’art vivant auquel Gilbert Lascault était fondamentalement attaché. Les artistes, présents dans ce recueil, à côté des auteurs, sont là pour en témoigner : de Pierre Alechinsky à Christian Boltanski, Christian Jaccard, Françoise Dumayet, etc., une trentaine au total, avec qui Gilbert Lascault a travaillé et dialogué.

Il serait bien entendu impossible de dire ici ce que ce dialogue a représenté pour ceux qui en furent partie prenante. La bibliographie établie pour ce volume, le foisonnement des publications, ainsi que l’index qui en fait partie, permettent de s’en faire une idée, et de réunir en même temps un ensemble d’informations tout à fait précieuses. On ne saurait davantage expliciter ou résumer le contenu des textes qui s’attachent à en retenir l’essentiel, qu’il s’agisse des rapports de Lascault avec les artistes ou des idées et des orientations qui l’ont guidé dans son œuvre. Un principe s’est toutefois imposé pour caractériser son esthétique, celui d’une esthétique et d’une critique fictionnelles, empreinte de complicité et se développant sur le mode du récit qu’évoquent et analysent Laurence Bertrand Dorléac, Maryvonne Saison,, Anne Moeglin Delcroix, Françoise Coblence, Olivier Revault d’Allones, Serge Bismuth, et Jacques Duchateau, le tout s’achevant sur un texte de Gilbert lascault lui-même : « Des métaphores et des métamorphoses de l’incertain. »

On comprendra, dès lors, que cette première partie se prolonge dans une seconde qui s’attache par transition aux récits de Gilbert Lascault, aux modes d’écriture propres à sa démarche, avec des contributions de Dominique Noguez, Pierre Dumayet, Henri Cueco, François Quet, Nadine Vasseur, tandis que les deux autres parties : Fictions /fictionnels et Miroirs de l’art prolongent ces deux premiers volets par d’autres fictions et par un ensemble de contributions émanant d’artistes, d’historiens et de philosophes. Catherine Clément et Anne Cauquelin, accompagnées de Gilbert Lascault lui-même ouvrent le troisième volet, avec Nicolas Alquin, Joël Kermarrec et Ghislaine Vappereau, tandis que la quatrième fait entendre les voix de José Vovelle, Daniel Charles, Murielle Gagnebin, Boris Eizykman, Marielle Domitille Porcheron, Androula Michaël, Emmanuel Pernoud, Leonardo Cremonini, Miguel Egana et Fabrice Flahutez.

Comme l’observe Françoise Coblence au terme de son avant-propos, si ce volume constitue bien un hommage à un homme et à une œuvre dont on voit l’admiration qu’ils suscitent, il se présente aussi comme le prolongement foisonnant sur lequel cette œuvre s’ouvre tout naturellement, comme sur une multitude de portes ou de mondes possibles qui se conjuguent sans s’exclure et sans s’ignorer.

Jean-Pierre Cometti